Une entrée peu remarquée, mais une action bien ficelée

Bien que son entrée au patrimoine immatériel mondial de l’UNESCO fut moins présentée dans la Francophonie, que la diète méditerranéenne ou encore le repas gastronomique des Français, le Conseil de promotion touristique du Mexiqueainsi que le Consulat général du Mexique à Montréal furent les premiers à souligner l’événement au Québec.

Journalistes, professionnels du tourisme et quelques blogueurs furent invités au restaurant Newtown pour faire la découverte de la cuisine gastronomique mexicaine, préparée pour nous par Daren Bergeron sous la supervision de la Chef Patricia Velez.

Une expérience

Fait notable, nous avons eu droit à un repas tout en saveurs et en nuance, d’une délicatesse fort intéressante. Oubliez les clichés et les tacos, bienvenu dans le raffinement qui met en valeur les produits mexicains et les jeux de saveurs entre le salé, l’acide et le piquant!

En fait ce repas haut de gamme souligne quelques agencements de base et les goûts du Mexique, mais assurément avec raffinement. Nous étions, disons, le bien loin de la cuisine de rue ou la cuisine paysanne du Mexique que l’on connaît.

Le menu

COCKTAIL

Margarita aux saveurs d’hibiscus

ENTRÉE

Quesadillas de fleur de courgette avec piment poblano et fromage Oaxaca
Tacos de porc avec sauce annato et oignons du Yucatan

SOUPE OU SALADE

Crème de coriandre

Salade d’ananas et de fromage Oaxaca avec vinaigrette de persil et d’ananas

PLAT PRINCIPAL

Filet de bœuf sauce de tamarin et ratatouille de cactus

Poisson entouré de feuilles de banane et feuille santa

Purée de banane plantain

DESSERT

Truffes de chocolat à la tequila

Le véritable trésor

Je dois avouer que je m’attendais à beaucoup de ce souper pour souligner l’entrée de cette cuisine traditionnelle au patrimoine immatériel de l’humanité UNESCO. Je m’attendais à beaucoup

probablement, car le Mexique avait proposé la candidature la plus crédible à mon sens sur l’aspect patrimonial et culturel de leur cuisine.

Ce véritable trésor, et bien il se trouvait dans la trousse que nous ont laissés les relationnistes de presse à la fin du repas, soit un ouvrage, Oxaca al Gusto, dédié aux traditions culinaires de l’Oxaca qui demanda plus de dix ans de recherches et d’observations pour le produire. Décidément bien plus que de simples recettes, c’est un ouvrage d’abord culturel, qui donne son sens à l’événement auquel je fus invité.

Le dossier déposé à l’UNESCO

Le but de l’opération

Souligner la reconnaissance de la Cuisine traditionnelle mexicaine comme patrimoine culturel immatériel de l’humanité. Bien que cela peut sembler banal pour plusieurs, cette reconnaissance est une première mondiale, partagée avec quatre autres “cultures alimentaires” de ce monde.

C’est une reconnaissance que l’alimentation est foncièrement culturelle et attachée aux populations qui la pratique, qui la fait vivre, qui l’actualise et la transmet.

Au-delà de l’opération de séduction apparente, ce premier événement est en fait le premier outil de mise en valeur du Mexique à l’aide de cette reconnaissance qu’est le patrimoine mondial UNESCO.

Le patrimoine mondial UNESCO, un outil de développement et de revendications.

Combien de sites du patrimoine mondial UNESCO, sur le plan naturel ou culturel matériel sont de véritables leviers économiques et sites de destinations du moment qu’ils sont proclamés? La réponse tous!

Une reconnaissance par l’UNESCO signifie un énorme capital d’attraction et de développement local, ce que le Mexique à compris il y a bien longtemps, avec le plus grand nombre de sites du patrimoine mondial UNESCO.

Des impacts

Le Mexique étant le premier sur le marché canadien à exploiter cet outil de promotion. Force est à parier que nous verrons cette reconnaissance utilisée à des fins promotionnelles et dans toutes les campagnes touristiques et culturelles du Mexique à l’avenir.

Mais outre la promotion touristique, c’est aussi une porte d’entrée de négociations devant l’OMC pour la défense culturelle de l’alimentation mexicaine et la protéger du marché de masse et de la logique de commodification de l’alimentation industrialisé.

En d’autres termes, c’est probablement les prémices de la réappropriation de la production alimentaire à petite échelle, sous la bannière culturelle, et un outil remarquable de protection contre le “dumping” des aliments de masse du nord sur leur marché intérieur.

Et la suite?

Je ne connais pas les plans du Mexique pour la suite des choses, je sais cependant que la France travaille sur un projet de plusieurs milliards d’Euros suite à cette reconnaissance. C’est définitivement un dossier à suivre!

Au Québec, il en viendrait à se demander quelle tradition alimentaire pourrait être introduite au Patrimoine culturel immatériel de l’humanité UNESCO.

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