Ce billet est parti de la série sur le Terroir québécois publié sur le blogue gastronomique Coquorum-Ars. Aujourd’hui, je tenterais de vous présenter les différentes appellations pour désigner un produit du terroir au Québec.
Partie 4 : Appellations réservées
Qu’est-ce qu’une appellation réservée? C’est une appellation précise utilisée pour la désignation soit d’une origine précise, de l’utilisation d’une technique ou savoir-faire particulier ou encore une combinaison des deux.
Un peu tout le monde connaît l’agneau de Charlevoix au Québec, mais combien de consommateurs sont au courant que pour se mériter une telle appellation, cet agneau produit dans Charlevoix doit respecter un cahier de charge bien précis et protégé par le gouvernement du Québec sous le CARTV.
Ces appellations réservées, contrairement aux marques de commerce et labels présentés dans le dernier article de la série Terroir Québécois est protégé et géré par le gouvernement.
Le CARTV décrit une appellation dans le sens légal comme suit :
« Identification d’un produit qui, par ses caractéristiques particulières ou son mode de production , le distingue des autres produits de même catégorie » - source P.14
Ce qui est important, c’est vraiment le facteur distinctif du produit.
Au Québec :
Le gouvernement du Québec s’est doté d’une première législation pour la création d’appellations réservées dans la seconde moitié des années 1990.
De nature assez stricte et complexe, ce système n’a vu l’apparition que de de « L’agneau de Charlevoix IGP ».
Ce cadre législatif est inspirée de la formule européenne et tente lui aussi de définir des produits en fonction de soit leur origine, de leur spécificité de production ou les deux.
Heureusement, il y a eu des modifications à la loi sur les appellations réservées dernièrement, ce qui devrait facilité l’apparition d’autres produits du terroir avec appellation réservée.
Appellations réservées :
Plusieurs appellations réservées existent de par le monde, le modèle Québécois à adopter la terminologie européenne pour son ensemble ce qui facilité la reconnaissance du système d’appellation pour le commerce international. Voici les descriptions selon le Conseil des appellations réservées et termes valorisants (CARTV) tel que disponible en date du septembre 2010.
Indication géographique protégée (IGP)
« L’indication géographique protégée établit principalement un lien entre un produit et une région. Elle désigne un produit dont une qualité déterminée, la réputation ou une autre caractéristique peut être attribuée à cette région et dont la production ou la transformation ou l’élaboration ont lieu dans l’aire géographique délimitée.
Ici, le lien avec le terroir demeure à au moins un des stades de la production, de la transformation ou de l’élaboration et le produit peut jouir d’une grande réputation. » - source
Attestation d’Origine (AO)
« L’appellation d’origine est la dénomination géographique d’un pays, d’une région ou d’une localité servant à désigner un produit qui en est originaire.
L’appellation d’origine consacre donc les facteurs naturels d’un terroir dont les caractéristiques géologiques, agronomiques, climatiques, techniques (conditions de production) et humaines (savoir-faire et pratiques) permettent de définir la spécificité et la personnalité du produit.
L’appellation d’origine implique donc un lien très étroit entre le produit, le terroir et le savoir-faire de l’homme. C’est pourquoi tous les stades de réalisation du produit soit sa production, son élaboration et sa transformation doivent avoir lieu dans la région de l’appellation. » - source
Attestation de spécificité (AS)
« L’appellation de spécificité est une catégorie d’appellation qui ne fait pas référence à une origine, mais qui a pour objet de mettre en valeur une spécificité du produit. L’appellation de spécificité permet de reconnaître les spécificités traditionnelles ou particulières d’un produit.
Pour une appellation de spécificité traditionnelle, cela peut être les caractéristiques influencées par l’histoire du produit comme les matières premières traditionnelles, une composition traditionnelle ou une méthode de production ou de transformation traditionnelle. Par exemple, si certains savoir-faire particuliers étaient employés pour élaborer un produit, la reconnaissance d’une appellation de spécificité traditionnelle permettrait de reconnaître que seuls les produits respectant ce savoir-faire sont authentiques.
Pour une appellation de spécificité non traditionnelle, le produit doit être distinctif des autres produits de sa catégorie par une caractéristique découlant de sa méthode d’obtention, ou d’autres caractéristiques rendant le produit particulier.
Une appellation de spécificité peut être élaborée partout au Québec, indépendamment d’une région particulière. » - source
Vous avez dit cahiers de charge?
La démarche pour soumettre un nouveau produit est relativement fastidieuse, car elle doit prendre en compte la création d’un cahier de charge bien spécifique et de multiples facteurs dans la reconnaissance d’une appellation.
Plusieurs demandes ont été faites de par le passé pour une appellation tels les bleuets du Lac-Saint-Jean. Là où le processus achoppe souvent c’est dans la consignation des techniques et procédés que requiert le cahier des charges. Un tel processus demande beaucoup de négociations et de travail de la part des producteurs, mais aussi des consultants qui travaillent sur le dossier.
Pour voir à quoi ressemble un cahier des charges, vous pouvez consulter en ligne deux documents pour l’Agneau de Charlevoix IGP :
Comment demander une appellation?
Un petit guide de 16 pages est disponible sur le site du CARTV sur le processus de demande d’une AO ou d’une IGP. Ce qui est intéressant d’y voir, c’est qu’il fut que ce soit un regroupement d’acteurs économiques légalement constitués qui dépose une demande d’appellation.
En d’autres termes, contrairement aux marques de commerce vues dans un précédent billet ou une seule personne peut élaborer un programme de mise en valeur selon des critères propres, ici une appellation assure qu’il y a des pratiques partagées dans la production de l’aliment.
Les avantages
Bien que complexe à établir, une appellation réservée est défendue par le gouvernement lui-même qui veille à sons application, mais aussi à sa défense dans les cas de contrefaçons.
De plus, bien que le cahier de charge soit un processus lourd à établir dans certains domaines de production agroalimentaire, il devient une garantie de qualité et de constance d’un produit sous appellation pour le consommateur.
Un producteur ne suivant pas un cahier de charge établi pour une appellation se verrait interdire l’utilisation d’une telle appellation.
Des demandes en cours?
En date du 21 juin 2010, une demande à été déposée auprès du CARTV pour créer une IGP sur les Cidres de glace du Québec. Le dossier est à suivre, car il aurait été jugé admissible et serait en cours de traitement en comité.
En Bref
Les appellations réservées sont une belle façon de reconnaître des produits régionaux et de consacrer d’autres produits du terroir. L’appareil législatif est relativement lourd, mais au cours du mois dernier, le CARTV semble avoir révisé certaines de ses réglementations pour alléger la structure et facilité l’apparition de nouveaux produits reconnus par des Appellations au Québec. Bref un dossier à suivre.
La semaine prochaine
Le prochain billet sur la série Terroir Québécois devancera sa publication initialement prévue pour répondre à une juste intervention de Cédric Fontaine de la boutique en ligne Terroir Québec sur le terme « Tradition » dans le cadre de la définition de Terroir que je vous ai proposée dans le premier billet de cette série.
Voici l’extrait de Cédric :
« … Ta définition est intéressante. Mais finalement, qu’est-ce que la tradition? À partir de combien de temps cela devient une tradition?
Au Québec, la tradition remonte-t-elle aux premiers colons ou aux Amérindiens? Et est-ce que finalement les traditions importées d’Europe peuvent elles être vues comme des traditions québécoises? »