Dégustation avec Le Lady Cheese Shop : un fromage de lait humain.

Que diriez-vous de goûter un fromage de yak ou un fromage de chamelle? Bien que non commercialisés chez nous, il est fort à parier que la réaction des consommateurs québécois serait mitigée, entre le désir de découverte et le dégoût.
Pourtant, le lait de ces espèces est homologué par le Codex Alimentarius, publié par la FAO comme pouvant servir à la fabrication de fromages.
Ces fromages n’étant pas issus d’espèces culturelles admises pour nous, cela créerait une réaction de doute et de questionnement entre néophilie et néophobie. C’est ce que l’on appelle le complexe de l’Omnivore!
Mais au-delà de la réticence culturelle, quelle serait votre réaction si l’on vous proposait un fromage fait de lait maternel humain? Pour le comprendre, nous n’avons qu’à nous référer à l’émoi que créa le Lady cheese shop, installation de l’artiste new-yorkaise Miriam Simun, en mai dernier.
Pourquoi ramener le sujet? Car le Lady Cheese Shop fut présenté à Montréal à l’invitation du Sensorium Concordia le 10 septembre dernier. Ne pouvant laisser passer une telle occasion, je me suis prêté au jeu de la dégustation, ne sachant trop à quoi m’attendre.
L’expérience à Montréal

Pour sa première présentation hors des États-Unis, l’artiste new-yorkaise Myriam Simun nous a proposé une dégustation de l’un de ses trois fromages de lait humain dans un café de la rue Bishop. C’était l’occasion rêvée de mieux comprendre la portée le processus de création de son projet Human Cheese.
Avec une trentaine de personnes à la conférence et une bonne cinquantaine lors de la dégustation, The Lady Cheese shop suscite certainement de l’intérêt considérant la modeste promotion de l’événement. Une chose est sûre, personne ne reste indifférent.
Le but de l’artiste :
Le projet Human Cheese est en constance avec les autres projets de l’artiste, soit de pousser le spectateur à questionner son rapport à l’environnement, le monde, les objets et la culture dans lesquels il s’inscrit comme individu dans sa collectivité.
Cette petite remise en question de nos jugements et de nos valeurs est très bien opérée par Miriam Simun qui pose un regard nouveau sur l’environnement et les objets de notre quotidien.
La dégustation :
Précédemment à la dégustation, nous avons eu droit à une présentation du processus de création du fromage, incluant une série d’informations sur la femme ayant fourni le lait. Une explication essentielle pour plusieurs spectateurs pour les préparer qu’ils s’apprêtent à goûter.
J’ai donc pris le risque de goûter ce fromage qui se décrit comme suit : Fromage à pâte fraîche, de lait mixte, vache et humaine.
Le plus étonnant, c’est la texture qui sort du registre auquel l’on s’attend normalement. La pâte blanc crème est d’apparence granuleuse et humide. Elle se situe entre le fromage cottage et le fromage à la crème.
En bouche, nous dénotons d’abord sa texture granuleuse qui évoque une agglomération de plusieurs petits morceaux de gélatine agglutinés.
Le goût est délicat et fait une transition entre acide et sucré en fin de bouche. Les flaveurs ne sont pas très nombreuses et expriment principalement des notes lactiques.
Mon verdict : Le goût est appréciable, cependant la texture est quelque peu déconcertante et me ferait franchement hésiter avant de consommer d’autres échantillons. L’artiste n’étant pas une fromagère de formation, il est fort à parier que la recette pourrait être améliorée.
Des réactions, une question d’éthique!
Une telle dégustation entraîne nécessairement des réactions variées, d’une volonté de contrôle sur l’ensemble des aspects de la femme fournissant son lait, jusqu’au profond questionnement du traitement des animaux qui nous nourrissent.
Ce qui étonne souvent Miriam Simun, c’est que beaucoup de gens ne se questionnent pas sur les conditions de production de leurs aliments et de leur provenance, mais tentent d’imposer des règles encore plus strictes quand il s’agit d’un humain. Avec un humain, l’on peut communiquer et se comprendre, ce qui est impossible avec un animal comme le souligne l’artiste.
Analyse de sang, groupe sanguin, orientation sexuelle, maladies, mode de vie, alimentation et statut fumeurs sont des premières questions posées sur les femmes qui produisent le lait.
Ensuite vient la salubrité du lait humain pour la consommation adulte. Les gens réalisent ensuite qu’en fait, c’est le seul aliment qui fut naturellement développé spécifiquement pour les besoins nutritionnels humains. Cette dernière question se retourne alors sur la salubrité de consommer du lait de toute espèce comme adulte.
Bref, le principe de l’assimilation en lien avec le complexe de l’omnivore sont fortement sollicité. Le principe d’assimilation se résume ainsi : en ingérant un aliment, nous acceptons qu’il devienne une partie de nous et que nous devenions une partie de lui.
Conclusion
En bref cette expérience nous pousse à revoir notre rapport à l’aliment et redévelopper notre curiosité sur la salubrité et l’éthique de notre alimentation.







